De retour du Salon Intergraphic qui se déroule en ce moment au Palais des Congrès, voici quelques réflexions sur l’avenir du livre en tant que support papier :

Les readers d’ « e-paper » sont désormais au point pour le grand public: Amazon a lancé à l’automne son Kindle aux Etats-Unis, Sony lance actuellement son Reader, en France Bookeen propose le Cybook Gen 3 …

Concrètement ces terminaux de lecture tendent à offrir la même qualité de lecture que le papier (donc un confort visuel meilleur que l'ordinateur) tout en permettant de stocker des milliers de titres.

Au niveau du contenu, l’offre de livres disponibles en e-paper s’étoffe et Amazon commence à vendre aux Etats-Unis des livres en version numérique. Amazon a fixé les prix de ces livres, rôle qui appartenait aux maisons d’édition dans l’édition traditionnelle.

En constatant ces évolutions, on peut penser que le livre connaitra la même dématérialisation que la musique ou la vidéo. La présentation du Cybook Gen 3 sur le site de Bookeen rappelle beaucoup l’iphone, la démarche d’Amazon rappelle beaucoup celle d’Apple (itunes). Les mêmes problèmes risquent de se poser (piratage, quel modèle économique et quelle législation pour les auteurs et les éditeurs?…). Dès lors, doit-on penser que le livre subira le même sort que le disque ?

Tout d’abord, le plaisir de lire ne se résume pas à la qualité du texte lu. Lire est aussi une expérience charnelle : on sent le papier, on entend le bruit des pages qui tournent, on soupèse le volume etc. Dans cette optique, le livre électronique convient probablement plus à une lecture efficace, pratique, à la recherche d’informations (dans un dictionnaire, sur une actualité en particulier...) qu’à une lecture plaisir (la littérature classique, le polar de l’été lu sur la plage etc). Dans ce cas, le livre électronique se substituerait non pas au livre mais à l'ordinateur, aux téléphones 3G...

Par ailleurs, le papier électronique risque de transformer le livre en média. Avec l'e-paper, Lorenzo Soccavo précise bien qu’on doit parler d’audience et non plus de lectorat. Vous avez vraiment envie d’être envahi de spots publicitaires ou d’offres promotionnelles lorsque vous lisez un chef d’œuvre de la littérature classique ? Le livre physique sera peut-être le dernier refuge pour ceux qui voient la lecture non pas comme une activité purement fonctionnelle d’assimilation de connaissances mais aussi comme un moment d’évasion, hors de l’actualité du monde et des bruits de notre temps.

Enfin la prouesse technique (avoir 5000 livres dans sa poche) ne doit pas nous faire oublier nos usages : vous avez lu beaucoup de livres l'année dernière? Est-ce que finalement ce n'est pas la technologie qui nous intéresse au delà du reste, l'objet révolutionnaire plus que ce qu'il permet ?